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Construire ensemble le geste expert et non pas adopter le geste d'un expert.

J'ai entrepris récemment la lecture de l'article intitulé: "La prévention durable des TMS:Quels freins?Quels leviers d'action?" (Sandrine Caroly, Fabien Coutarel, E. Escriva, Y. Roquelaure, J.M Schweitzer, F. Daniellou) publié par HAL, archives-ouvertes.fr. 

Cet article date d'une dizaine d'année mais sa lecture est cependant très pertinente, peut-être même encore plus aujourd'hui.


Je vais vous citer ci-après un paragraphe entier de la publication, pourquoi le couper, Il reflète l'entièreté de la philosophie d'intervention, partagée par les membres du réseau TMSkinergo pour ce qui concerne la partie formation gestuelle. L'expert n'est pas l'intervenant mais bien le professionnel. Prescrire un "bon geste" n'est pas une solution, il faut co-construire une gestuelle qui convient à l'individu.

Bonne lecture:




"Le formateur est trop souvent l’expert sachant et prescripteur du « bon geste ». La formation gestuelle passe aussi et (peut-être) surtout par la médiation de quelqu’un capable d’organiser les débats de pratiques entre pairs. Cela suppose que l'intervenant ou le formateur dispose de compétences techniques et instrumentales favorisant la construction du débat. Toutes les occasions de débattre du travail sont positives à condition qu’elles soient pensées et construites pour favoriser aussi les échanges entre ceux qui font le travail [].


La construction mais aussi l'animation du débat supposent aussi que le formateur en connaisse suffisamment sur l’activité. Il doit être à même de relancer, de pointer une question, de rebondir, d'accentuer... Les collègues et l’encadrement de proximité peuvent jouer ce rôle de formateur. Ainsi, le formateur serait moins celui qui sait faire "parfaitement", que celui qui dispose de la compétence à organiser et animer des "disputes" professionnelles. Poser en ces termes la question du geste professionnel, de son acquisition et de son développement dans l'activité de travail invite à revisiter la formation des acteurs, les représentations des décideurs relatives aux gestes, certaines pratiques d'intervention dans les entreprises… Il s'agit de réaliser un basculement majeur dans l'approche pédagogique mais également de saisir l'ensemble des déterminants qui sont en interaction.


Le geste professionnel est davantage qu'un mouvement : il est une expression de la professionnalité d'un individu, avec toutes les dimensions qui vont avec : physiologiques, biomécaniques, mais aussi psychologiques, sociales, organisationnelles. La littérature scientifique a depuis longtemps souligné les relations existantes entre ces différentes dimensions de l'activité de travail et la survenue des TMS. Les configurations qui les entremêlent se trouvent être à chaque fois singulières, dont l'identification et la compréhension supposent des investigations cliniques systématiques.


L'approche experte est de ce fait facilement en défaut et l'implication des travailleurs eux-mêmes à ce travail est un enjeu incontournable. C'est en ce sens que le formateur ou l'intervenant, au-delà des compétences spécifiques qu'il porte avec lui, doit être capable d'organiser les débats de pratiques de métier, dont nous avons montré qu'ils constituent la clé du développement du geste professionnel, du travail du métier, et donc du développement individuel des travailleurs. Ce premier chapitre décrit des formes d’action qui relèvent des travailleurs. Les connaissances acquises sur la construction du geste professionnel conduisent à formuler des recommandations sur l’apprentissage et la formation des nouveaux et sur la réalisation du geste durant l’activité de travail. Le regard sur le geste professionnel oriente la réflexion sur l'organisation du travail.


La formation sur le « bon geste », celui standardisé, ne facilite pas la création du geste, celui qui mobilise sa compétence et qui protège des douleurs.


- Enrichir la compréhension du geste est un enjeu fondamental pour les connaissances scientifiques visant la compréhension des mécanismes de TMS. Une approche pluridisciplinaire en psychologie du travail, en ergonomie et en physiologie pourrait être développée pour mieux analyser les gestes dans les activités professionnelles et améliorer les connaissances sur les facteurs de risques biomécaniques et psychologiques.


- Un geste efficient résulte d’un compromis construit individuellement et collectivement. Il questionne le repérage des marges de manœuvre individuelles et collectives comme enjeu de prévention des TMS.


- L’acquisition du geste est une affaire collective qui invite chaque professionnel à expliciter les choix qu’il fait en fonction des situations de travail et de ses caractéristiques personnelles. Le geste est « ingénieux ». Rendre compte de la complexité du geste de métier, c’est tenir compte des conditions organisationnelles pour que les membres du collectif de travail puissent échanger sur ces « ficelles de métiers » (des espaces de confrontation sur les pratiques, formes de polyvalence, etc.). Cela suppose des critères de conception des postes et de l’apprentissage pour que le geste puisse se transformer en ressource pour la santé et l’efficacité plus qu’en obstacle.


- les pratiques des experts en santé au travail devraient inclure des dispositifs d’intervention visant à favoriser des débats entre les professionnels sur leurs pratiques de réalisation de travail, de mobilisation du geste et de ses effets sur la santé. Le geste sera alors l’expression de la professionnalité d’un individu plus qu’un mouvement.





-Formations gestes et postures. Il s'agit globalement d'apprendre aux travailleurs quelles sont les postures les plus favorables à la réalisation du travail selon des conditions qui favorisent la préservation de leur intégrité physique. Encore une fois, les résultats de ce type de démarche sont décevants : « ils ne font pas comme on leur a appris ! ». L'analyse montre que les conditions dans lesquelles les « bons gestes » et les « bonnes postures » sont enseignés se trouvent très éloignées des conditions réelles du travail. En effet, l'aménagement physique des situations de travail, les dispositions organisationnelles du travail, la nature des collectifs de travail… ne permettent que trop rarement de suivre les modes opératoires prescrits : la prescription est trop coûteuse physiologiquement pour être maintenue sur la journée de travail, la cadence de travail ne permet pas de suivre les prescriptions qui prennent plus de temps, les postes de travail n'ont pas été conçus pour permettre les changements de posture, etc."

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